Toussaint, jour des morts, dias de los muertos… De la fin octobre jusqu’au 2 novembre, les familles se rejoignent dans une sorte de chagrin et de deuil collectif pour honorer, ou a minima, se rappeler de leurs proches disparus. Après le fleurissement obligatoire des tombes ou des jardins du souvenir, le devoir de mémoire est accompli, rendez-vous l’année prochaine.

La mort : en avoir peur, ou pas
Parler de la mort et de la gestion d’un deuil revient à lancer une gigantesque bombe de glace dans la pièce. Le tabou ultime. Et pourtant, l’information n’est pas nouvelle : on y passera tous un jour.
Être confronté(e) à la mort est une épreuve qui marquera au fer rouge pour toute une vie. Après, chacun gère selon son caractère et sa relation avec la personne décédée. Il n’y a pas, et il n’y aura jamais, de manuel du “bon deuil”, du “bon chagrin”. Pleurer ou ne pas pleurer. Un jour, une semaine, un mois, une année, dix ans. Qui sommes-nous pour juger ?
En revanche, pour s’y préparer, il faut en parler. Et c’est là que le bât blesse. “Ah non non, je ne veux pas y penser. Elle [la famille] fera bien ce qu’elle veut quand je ne serai plus là“. Et puis c’est morbide. C’est glauque. Ça attirerait presque le mauvais oeil. Mais le jour J arrive, et la famille en question, quand il y en a une, est perdue, submergée par ce tsunami qui déferle pour tout ravager sur son passage.
Préparer sa mort : glauque ou acte salvateur ?
Qu’entend-on par “préparer sa mort” au juste ?
Le don d’organes et de tissus tout d’abord. Le saviez-vous ? Nous sommes tous et toutes présumés donneurs d’organes. Si vous y êtes fermement opposés, il faut vous inscrire sur le registre national des refus. Dans les faits, les médecins demandent toujours leurs avis aux membres de la famille. Et cela peut mener à des drames quand le sujet n’a jamais été abordé. Alors oui, ce n’est pas un sujet facile à lancer lors du déjeuner familial du dimanche, autour d’un petit poulet rôti. Néanmoins, gérer cet aspect d’un deuil futur est essentiel.
Le contrat prévoyances obsèques ensuite. Peut-être le plus grand des tabous. Et pourtant, le point qui est, peut-être, le plus essentiel pour gérer son deuil de façon la moins pénible, si c’est possible ? Deux options s’offrent principalement à vous : prévoir un capital qui sera ensuite versé à l’agence funéraire choisie, ou, de façon plus détaillée, un contrat en prestations qui comprend le capital également et surtout le choix du cercueil, de la crémation ou de l’inhumation (avec le type de cérémonie, les textes, musiques, etc.), sans oublier la toilette funéraire, présentation du défunt dans un salon ou bien encore les fleurs.
Sachez que si vous ne prévoyez rien, la famille devra gérer, en plus de son chagrin, le choix du cercueil, ses types de poignées, la couleur et la matière du capiton, la forme de l’urne en cas de crémation, la présentation ou non du corps dans un petit salon, la tenue ou d’une cérémonie à l’église, la tenue ou non d’une cérémonie au crématorium ensuite. Puis le choix de la dernière tenue, des éventuelles choses à mettre dans le cercueil, de la musique, des fleurs… C’est lourd, très lourd.
On parle souvent des pompes funèbres comme des pompes à fric. Alors, oui, un enterrement coûte de cher à très cher, en fonction de ce que vous choisissez, que vous ayez prévu un contrat ou non, d’ailleurs (faites attention aux contrats dont les prix ne sont pas fixes au fil des ans, car avec l’inflation, vous aurez une mauvaise surprise au moment du règlement de la facture). C’est pourquoi un petit passage dans une agence funéraire pour vous rendre compte de la masse des choses à prendre en charge, même si vous n’avez pas l’intention de souscrire à un contrat, n’est pas superflu.
[Parenthèse personnelle : avec ma mère, nous avons souscrit chacune à un contrat obsèques, le sujet étant loin d’être tabou chez nous. À son décès, très récent, l’agente funéraire m’a accompagnée de la meilleure façon qui soit. Nous avons revu en détails ce qui avait été prévu, en fonction du capital disponible à date. J’ai pu, ainsi, confirmer nos choix et en changer d’autres. J’avais des doutes sur la présentation du corps dans un petit salon au funerarium, avant la crémation. Sachez que c’est essentiel pour clore un chapitre. Le corps est présenté dans une pièce aux lumières tamisées, presque caché derrière un paravent pour ne pas être “choquée” d’emblée. On peut y rester le temps que l’on souhaite, 24h/24, grâce à un code. Pour le reste, elle a tout géré. Une béquille morale indispensable.]
Le testament enfin. On n’y pense jamais, ou presque. Sachez que la nature humaine se révèle bien souvent au moment du partage des biens du défunt. Vous pensez que vos enfants, nièces/neveux, etc. sauront bien se comporter le moment venu ? Vous êtes du genre optimiste, surtout s’il y a des biens immobiliers en jeu, ne serait-ce que votre résidence principale. Par ailleurs, si vous n’avez pas d’héritiers connus, c’est peut-être le moment de vous poser et de vous demander où iront vos biens : à vos lointains cousins jamais vus ? Au fils de votre demi-frère inconnu (secrets de famille bonjour) ? À votre tante que vous n’aimez pas ? À une association X ou Y ? Bref, tous les scénarios sont envisageables. Et même si vos relations avec votre famille est parfaite, le testament chez le notaire est une réelle sécurité.

Vers quelles ressources se tourner pour mieux appréhender le sujet ?
Si le sujet ne vous rebute pas (trop), sachez que des personnes issues de l’univers funéraire proposent des contenus pédagogiques pour dédramatiser la question.
La thanatopractrice Stéphanie Sounac, alias Thana Nanou, est à suivre sur Instagram et/ou sur Tik Tok, par exemple. Elle y parle de son métier, répond aux questions sans tabou et nous apprend à vivre au mieux avec cette notion de mort qui plane sur chacun d’entre nous.
Autre thanatopracteur à suivre : Mickaël Boilon, alias le Thanatochanteur. Auteur d’un livre “On y passera tous“, le professionnel répond également aux questions sur la mort, son métier peu conventionnel et partage son quotidien professionnel.
Autres personnes à suivre ou à contacter, par exemple : le compte “La travailleuse funèbre” sur Instagram, avec une belle pointe d’humour noir, sans oublier les “thanadoula de fin de vie” et thérapeutes du deuil qui peuvent vous aider à répondre à vos questions et à gérer votre deuil, qu’il soit récent ou non.
Pour conclure…
Si vous êtes en plein deuil, ou si celui-ci, peut-être moins récent, mais toujours aussi vivace dans votre coeur, se rappelle à vous durant cette période particulière de l’année, autorisez-vous à en parler, à pleurer toutes les larmes de votre corps. Vos proches, ou moins proches, sont gênés ? Passez outre et lâchez les vannes. Ou pas. Riez en vous remémorant les bons souvenirs. Rendez-vous sur la tombe de vos proches ou non (pour ma part, tout est dans le coeur). Gérez vos émotions comme vous l’entendez.

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