Voilà une semaine que tu es partie. J’ai l’impression que cela fait une éternité et qu’en même temps, c’était hier. Le deuil est une chose qui se vit curieusement. Tout doit aller vite, tout doit reprendre sa place rapidement. Banque, sécurité sociale, mutuelle, assurances diverses et variées, notaire et succession… Vite vite, il faut s’y pencher sans avoir eu le temps de pleurer.
La vie ne s’arrête jamais, pour personne
Et encore, tout se passe de façon assez fluide pour le moment. Tu avais souscrit à l’option “prise en charge administrative” des pompes funèbres. J’ai eu leur appel hier pour faire le tour de la question. Efficace. J’avais une to-do liste très précise qui m’a été d’une grande aide pour ne rien oublier. Au final, je m’occupe de tout. Tant qu’à faire. J’ai commencé par la mutuelle, puis j’ai enchaîné avec le reste. À cette occasion, j’ai appris que nous n’avions pas une, mais deux assurances habitation. J’étais persuadée que tu avais oublié d’en prendre une, tu m’avais soutenu le contraire. Encore une fois, tu avais raison.
Tout ceci me frustre énormément. J’aurais aimé qu’on me laisse respirer quelques jours, prendre la mesure du désastre émotionnel qui me tombait dessus, même si l’alerte a sonné de nombreuses fois en une année. Mais non. Tout, tout de suite.
Résultat des courses, la descente est violente.
Le brutal retour à la réalité
Ça a commencé ce mercredi, quand j’ai su que je ne te verrai plus “en chair et en os”. Jeudi, tu as fait ton dernier voyage, accompagnée de peluches, d’un livre de photos de ton chat et de coussins moelleux. La conseillère funéraire m’avait prévenue : en enlevant le capiton du cercueil, qui impactait le devis final, tu serais un chouïa “inconfortable”. J’ai donc ramené une couverture en pilou et des coussins pour que tu puisses partir plus sereinement.
En un quart d’heure, c’était plié. Le fait d’être seule dans cette salle accélère fatalement les choses. Heureusement, j’ai eu le temps de te dire au-revoir les jours précédents, ce qui ne m’a tout de même pas empêché de pleurer à chaudes larmes en voyant ton cercueil fermé.
Et puis ce matin, le choc.
Faire semblant, jusqu’à la fin des Temps
C’est la braderie des commerçants aujourd’hui dans le vieux centre de la ville. Il fait beau, ni trop chaud, ni trop froid. C’est jour de marché aussi. Bref, l’ambiance est plutôt joyeuse. Je l’étais aussi, jusqu’à ce que je m’arrête devant les stands. Et là, ça m’a frappé en plein coeur.
À qui vais-je raconter que j’ai vu ceci et cela ? Que telle chose m’a tapé dans l’oeil, avec une super réduc’ en plus ! Ah mais oui, c’est vrai que je n’ai même pas les moyens de faire un gros panier de courses, comment veux-tu que je m’achète cette belle poêle qui remplacerait parfaitement celle qui est cramée ? On aurait ri, tu m’aurais donné des conseils, rassuré aussi en me disant “T’as pas besoin de ça” et je t’aurais dit “C’est vrai, tu as raison maman“.
J’ai l’impression d’être un fantôme qui passe devant des gens bien vivants. Faire semblant, tout le temps. Arborer un sourire de façade, parce que qui veut réellement entendre la souffrance d’autrui ? “Alors ça va ?“, à quoi je réponds invariablement “Oui oui, on fait aller“. Toute rassurée, la personne en face passe alors à un autre sujet. Et ça, c’est quand elle est au courant que tu es partie. Parce que je ne l’ai pas dit à la Terre entière bien entendu. Qui s’en fout, au final ?
Combien de temps vais-je encore avoir le droit de souffrir et de porter mon deuil, qui n’a même pas commencé en réalité, en public ? Déjà une semaine que tu es partie, c’est bon, je peux passer à autre chose hein. Après tout, c’est la vie !
Ici c’est pareil, je vais sans doute reprendre les sujets “normaux” de ce blog. Un livre, si j’arrive à en lire un, un ciné ou autre… Parce que quatre articles consacrés à la perte d’une mère, bon, ça va bien deux minutes. Mais maman, si tu savais, si je pouvais, je parlerais de toi tous les jours, pendant des heures. J’écrirais des centaines de lignes, en espérant que tu les lises de là-haut.
Ne t’inquiète pas, t’oublier n’est pas envisageable. Passer à autre chose non plus. Il va s’agir de jouer une nouvelle partition, celle de la vie quotidienne, avec ses fausses notes et ses envolées. Pour ma part, je vais continuer à porter ce masque qui m’étouffe déjà. Mais ai-je le choix ? Pas vraiment.
Tu me manques, maman.


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