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Humeurs

Journal de bord d’une orpheline, jour 3

La bonne humeur était au programme ce matin. Je savais que j’allais te voir. Caresser ta joue. Te parler. Le cordon n’est manifestement pas encore rompu et je redoute ce moment qui va arriver, dans toute son absurdité et sa violence.

Appréhender le silence

C’est ce qui m’effraie le plus. Tu es partie vendredi. C’était hier, il y a déjà trois jours, une éternité. Hier, dimanche, j’ai mis pour la première fois les pieds au funérarium et j’ai versé autant de larmes que pouvait en contenir mon corps. Ce matin, j’étais heureuse. Une joie de façade, un déni soigneusement entretenu pour écarter ce chagrin qui a rempli mon coeur.

J’étais heureuse, parce que tu étais là, posée, apaisée. Belle comme un coeur, encore. Plus que jamais. Je t’ai raconté mon après-midi et ce que j’ai fait ce matin avant de venir. Je t’ai parfumé à nouveau. Puis je t’ai caressé doucement ton visage si doux, si froid, mais si tendre à la fois. Et je t’ai dit “À demain maman, repose-toi bien“.

Tu ne m’as pas répondu. Tu ne le feras plus.

Je profite de toi encore quelques jours, jusqu’à jeudi. Et puis ton corps rejoindra les étoiles. Et là, je réaliserai. Enfin non, tu sais bien que non. Ça peut paraître étrange d’aller voir son proche défunt chaque jour dans ce petit salon à la lumière tamisée, idéale pour mettre les corps en valeur. Suis-je bizarre maman de ne pas vouloir te laisser seule jusqu’à jeudi ?

Je t’ai demandé un signe. Un papillon, un oiseau, la lumière du plafonnier qui crépite. Mais rien, bien entendu. Mais j’attendrai encore, car tu es là avec moi. J’emmagasine ta présence, ta douceur, ton sourire, je m’approprie une dernière fois tout ce qui fait de toi ma mère.

Mon tout, mon amour de maman

Je suis retombée sur les pages de ce livre de souvenirs que tu n’as jamais pu compléter. À la dernière page, tu as mis : “J’aimerais qu’on se souvienne de moi comme quelqu’un de gentil, serviable et gai“. Oh si tu savais. Tu es tellement plus que cela. Tu es mon tout, je ne suis plus rien à présent.

J’ai pleuré ce matin, re-pleuré ce soir. Et ce sera la même ritournelle demain, mercredi, jeudi, vendredi…

J’en veux à tout le monde, je n’en veux à personne. J’en veux aux infirmières qui riaient dans le couloir, pendant que tu agonisais dans ton lit, mais la vie toquait aussi derrière la porte de ta chambre. J’apprécie les mots de soutien, mais je veux être tranquille et ne pas répondre. Je fais semblant que tout va bien, tout en voyant les autres continuer leur vie. Pourtant je ne comprends pas. Pourquoi la Terre continue-t-elle de tourner ? Pourquoi ne pleurent-ils pas ton absence avec moi ?

C’est tout le paradoxe. Je dois vivre, continuer à chercher un travail, poster sur LinkedIn ou sur Instagram, vendre ce foutu appartement et pourtant, je n’ai qu’une seule envie : rester avec toi dans ce salon le jour, m’enfouir dans mon lit la nuit. Le reste n’a plus d’importance.

Je sais ce que tu dirais “Vis ta vie, ma fille“. Tu me le disais déjà depuis de nombreuses années. “Je ne serai pas toujours là”. C’est faux maman. Tu mens. Reviens.

Tout s’embrouille dans ma tête.

À demain maman que j’aime.

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Bulles de Flo, c'est le résultat de mes coups de cœur lifestyle du moment : culture (livres, cinéma, etc.), décoration, balades... Bienvenue chez moi !

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