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Humeurs

EHPAD : une fin de vie chamboulée

Dernière étape un brin chaotique d’une vie initialement toute tracée, l’entrée en maison de retraite (en Ehpad donc) n’est jamais une chose facile. Systématiquement perçue comme le moyen idéal de se débarrasser de son proche un peu vieillissant, voire carrément croulant, l’entrée en Ehpad est en réalité une épreuve pour le nouveau patient, et pour sa famille.

Mettre son proche en Ehpad : un moyen de s’en débarrasser ?

Entrons dans le vif du sujet. Cette honte qui colle à la peau de celui, de celle qui met son proche en Ehpad, le vrai, pas les résidences seniors “autonomie”. Parce qu’hormis les cas réels où la famille choisit cette solution de “facilité”, ne nous voilons pas la face, mettre son proche en Ehpad n’a rien d’une promenade de santé.

“Jamais je ne mettrai ma mère/mon père/ma grand-mère [rayez la mention inutile] en Ehpad“. “Ce sont des mouroirs !“. “Chez nous, on s’occupe de nos aînés jusqu’au bout !“. “Tout ça, c’est pour s’en débarrasser, quelle honte.” J’ai tout lu, du plus ou moins violent, du plus ou moins compréhensif. Et mon sang bout systématiquement au creux de mes veines. Le jugement est si aisé, sans rien savoir de toute la douleur que cela implique. Ce n’est jamais un projet de vie. Un plaisir, un bonheur sans cesse renouvelé. Une fin en soi. Mais quand toutes les solutions sont épuisées, que reste-t-il quand un retour à la maison est impossible ?

L’Ehpad fait peur, il repousse, il dégoûte. L’Ehpad est une machine à fric où les résidents sont laissés dans leurs couches pleines, où les maltraitances sont légion. C’est vrai, cela existe. Mais ça n’est pas une généralité.

Je n’avais pas prévu de mettre ma mère en Ehpad. Elle ne le voulait pas au début. J’ai été son aidante pendant plus de dix-huit mois. Nous habitions ensemble, dans son appartement. Chacune sa chambre. Et puis un jour, de la chambre, elle est passée au canapé. Et puis un jour, une infirmière est passée chaque jour pour ses soins. Et puis un jour, une aide de la CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) a été demandée, puis calée trois fois par semaine. Et puis un jour, ou plutôt une nuit, elle a halluciné si fort qu’elle s’est cassé le poignet sans même s’en rendre compte. Et puis une autre nuit, elle a de nouveau halluciné si fort à cause d’une infection qu’elle est revenue à la réalité que tard dans la journée. Et depuis cette soirée-là et son hospitalisation, elle n’est jamais revenue à la maison.

Les médecins s’étaient mis d’accord entre eux, un retour à la maison était impossible, même en HAD (Hospitalisation À Domicile). L’entrée en Ehpad s’est très vite imposée comme étant la seule solution viable. Elle avait besoin d’aide de jour, comme de nuit. J’étais seule à m’en occuper, j’avais atteint mes limites, l’explosion en vol était proche.

Il a fallu la convaincre. À grands regrets, mêlés aux miens, elle a cédé. Et la recherche d’un établissement a commencé.

Trouver un Ehpad = trouver une aiguille dans une botte de foin

En fonction de l’état du patient, trouver un Ehpad peut se révéler être un parcours du combattant où la patience est de mise. La recherche d’une place a commencé en septembre 2025, elle a intégré son établissement, à 20 minutes de la maison en voiture, en janvier 2026. J’ai été chanceuse. Entre temps, elle est restée hospitalisée, alternant le service de suite de soins et hospitalisations “réelles” quand son état l’exigeait.

Autonomie du patient, maladies diverses et variées, état cognitif… Tout rentre en compte pour une inscription. Ma mère avait besoin de kinésithérapie (qu’elle n’a finalement, jamais eu), un premier établissement a refusé sa candidature par manque de kiné. Et puis tout simplement, il faut trouver de la place. Être placée sur liste d’attente sur la fameuse plateforme dédiée “ViaTrajectoire”. Cocher les cases avec nos souhaits. Attendre qu’un résident décède pour qu’un autre prenne sa place. Le ParcoursSup de la vieillesse et de la perte d’autonomie.

Établissement privé ou public ? Là, ce sont les finances qui parleront pour vous. Nous avions fait le choix du public. Nous sommes tombées sur un “petit” établissement. 50 chambres + 10 patients répartis dans une unité Alzheimer dédiée. La fourchette habituelle se situe entre 50 et 120 résidents, voire plus pour les établissements de grande capacité. Côté loyer, nous étions dans la fourchette “normale”, toute proportion gardée, puisqu’il dépassait tout de même les 2 400€ mensuels. Une sacrée somme.

Soins le matin, animations l’après-midi, collation vers 15h30, puis dîner vers 18h/18h30. La vie est calée comme une horloge suisse. Ma “chance” (et celle de ma mère), la réelle surveillance médicale apportée aux résidents. Quand ça dérape, un appel au médecin qui se déplace. Elle était bien suivie, voire mieux qu’à la maison.

Les impacts réels d’une mise en Ehpad

Quelque part, je m’en sors relativement bien. Très factuellement, presque cruellement parlant, ma mère n’est restée “que” neuf mois en Ehpad. D’un point de vue financier, l’impact est donc moindre que prévu. Et pourtant, je le savais dès le début, il faudrait vendre son appartement pour payer les frais de résidence. Le département peut aider oui, mais seulement en avançant les frais. Il faudra les rembourser un jour. Quand le résident a toute petite retraite, voire pas du tout, j’aurais aimé apprendre que la prise en charge est totale. Que nenni. Perdez votre proche, et vos économies avec. Souffrez en silence, s’il-vous-plaît.

Autres impacts inattendus : la solitude et l’hypervigilance. Passer d’une vie auprès d’un proche, à des visites quasi quotidiennes à l’hôpital pour enfin aboutir à deux à trois visites hebdomadaires seulement, c’est dur. Le silence dans l’appartement m’est vite devenu violemment intolérable. J’apprends, peu à peu, à ne pas laisser la télévision allumée en journée pour combler le manque.

Laisser son proche aux mains d’inconnus qui ne connaissent pas ses habitudes, qui le bouscule un peu (beaucoup), qui envahissent ce qui est devenu son univers, c’est presque insupportable. Combien de fois suis-je intervenue pour remettre les pendules à l’heure ? Pour indiquer que ceci ou cela ne convient pas ? Pour demander un peu plus de souplesse ou de vigilance ? Pour demander un peu plus de douceur ? Ma mère ne voulait qu’une chose : qu’on l’aime. Sa gentillesse pouvait, parfois, laisser place à quelques mouvements d’humeur avec ses problèmes cognitifs grandissants. Je passais derrière en voiture balai pour que les infirmières et aides-soignantes ne lui fassent pas trop payer ses petites incartades.

Le deuil blanc : l’épreuve bonus

Le deuil blanc (ou deuil ambigu) est une forme de deuil vécue alors que la personne aimée est toujours physiquement présente, mais que ses capacités cognitives ou sa personnalité ont profondément changé. En gros, l’enveloppe corporelle de votre proche est là, devant vous, mais son esprit vogue vers d’autres horizons. Terminés les sessions de rires et les partages du quotidien. Les grandes conversations se font de plus en plus rares, quand les discours décousus prennent de plus en plus le relais. L’humeur est changeante, plus souvent mauvaise que bonne, jusqu’à ne pas reconnaître la personne aimée. L’adulte se mue peu à peu en adolescent rebelle, puis parfois en enfant.

On devient le parent de notre parent. Il faut être prêt à le vivre. À changer son proche de vêtements, à vider son “pot de chambre” si nécessaire, quand les aides-soignantes sont trop occupées pour s’en charger avant plusieurs heures, à l’aider à se brosser les dents. Au début, c’est inconcevable et puis on s’y fait vite.

Il faut aussi prendre chaque moment de lucidité pour ce qu’il est : un cadeau. Trop souvent, je les ai pris pour acquis, je les regrette amèrement.

Pour conclure…

Quand j’entends, quand je lis que mettre son proche en Ehpad est la solution de facilité, je m’étouffe. Cette médiocrité intellectuelle ne devrait même pas nous atteindre, nous proches de résidents, mais le fait est qu’elle est blessante. Même quand le proche est parti vers d’autres cieux. On reste attentifs aux attaques, on s’entre-aide, on prévient l’autre de la bassesse de l’âme humaine.

Nous n’avons pas, ou peu, le choix. Nous pensons à nos proches, à une meilleure prise en charge médicale. Oui il y a des abus, des violences et c’est d’autant plus inadmissible qu’ils concernent des personnes en situation de faiblesse. Il faut une sacrée force intérieure pour accepter de laisser son proche aimé entre les mains autres que les siennes.

Ma mère, Annie – séance photo à l’Ehpad
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Bulles de Flo, c'est le résultat de mes coups de cœur lifestyle du moment : culture (livres, cinéma, etc.), décoration, balades... Bienvenue chez moi !

1 Comment

  • Lili
    novembre 2, 2026 at 10:03 am

    Qui sont les gens pour juger ? Tout cela a dû être bien difficile à traverser et je me doute qu’aujourd’hui, tout n’est pas simple non plus… Je t’embrasse

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