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Humeurs

A-t-on encore le droit de déprimer en 2026 ?

Le positif attire le positif“, “Deviens la meilleure version de toi-même“, “+ = +“, “La positive attitude“… En 2026, a-t-on encore le droit de ne pas totalement kiffer sa vie ? A-t-on encore le droit d’exprimer sa fatigue, sa petite déprime passagère, ses moments de down, notamment sur les réseaux sociaux ? Être heureux, au moins aux yeux du monde, creuser ses méninges pour trouver les fameux 3 kiffs par jour pour (se) prouver que tout ne va pas si mal au final… Et si, désormais, le fait de plier tel le roseau, sans forcément rompre, était un nouveau tabou ?

Sans négatif, il n’y a pas de positif

Coup de mou, coup de pompe, moral en berne… Ne pas être à 100%, avoir des idées grises, ne pas avoir un sourire accroché en permanence au visage, voilà une nouvelle forme de tabou qui se répand gentiment, mais sûrement, bien aidé par le miroir déformant des réseaux sociaux, notamment. Mais pas seulement, puisque au quotidien, parler de ses soucis à de vraies personnes provoque immanquablement des réactions compatissantes au début, gênées au bout d’un moment et puis au final, la lassitude gagne, assumée ou non.

Alors on choisit à qui l’on parle, on choisit aussi ses mots, ses tracas à partager, pour ne surtout pas déranger. On feint le bonheur avec un professionnalisme confondant. Parce qu’il y a toujours pire ailleurs, parce qu’il ou elle a aussi a ses problèmes et n’est peut-être pas apte, à l’instant T, à recevoir la grisaille mentale d’autrui. Les bonnes nouvelles sont reçues à bras ouverts, sans limite de temps et de durée. Les moins bonnes ont une date de limite de consommation (très) courte.

Se forcer à trouver le positif où qu’il soit : une nouvelle charge mentale ?

Faire des listes, trouver les petites choses de la vie qui rendent heureux et surtout, les partager sur les réseaux sociaux : peut-être ne l’avez-vous pas remarqué, mais la joie de vivre s’est insinuée dans les moindres failles de l’influence, rendant les petites déprimes passagères indésirables. Vous n’allez pas bien ? Arrêtez ! Et puis bon, ça va deux secondes, si on est mal, on va voir un psy et on ne s’expose pas, par exemple, sur les réseaux sociaux, au risque de se prendre une armée de commentaires salés. Soyons heureux et heureuses, sur les réseaux, comme dans la vraie vie !

Et pourtant, cette course au bien-être mental peut avoir des conséquences. Que se passe-t-il dans la tête des abonnés quand ceux-ci se disent, potentiellement “Tiens, je n’ai rien pour me réjouir aujourd’hui“. Vite, vite, il faut trouver quelque chose, quitte à forcer le destin, quitte à forcer le (faux) bonheur. Mais quand cette grisaille mentale passagère n’est pas prise au sérieux, peut-être peut-elle mener vers la vraie dépression, celle qui casse, celle qui peut aboutir à des actes irréversibles ?

Il ne s’agit pas de se complaire dans son malheur, il s’agit simplement d’assumer que parfois, on n’a pas envie. Pas envie de faire semblant, de sourire, de rire, de sortir. On a parfois envie de partager ses petites peines sans être jugé(e), de rentrer dans sa grotte, de ne parler à personne, de rester en pyjama toute la journée, de ne pas avoir à se demander ce qui vous a rendu heureux aujourd’hui. Et au final, tout va bien, “c’est okay”, c’est normal et même, soyons fous, sain. Car le positif se nourrit aussi du négatif. Et vice et versa.

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Bulles de Flo, c'est le résultat de mes coups de cœur lifestyle du moment : culture (livres, cinéma, etc.), décoration, balades... Bienvenue chez moi !

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