Se poser, observer et sourire, juste pour le plaisir

Mardi, je suis retournée pour la énième fois à l’hôpital Bichat. C’est devenu une sorte de routine pour moi. Aucune espèce d’intérêt en particulier. Et pourtant, si l’on prend le temps de regarder, c’est tout un univers qui s’offre à nos yeux.
Se poser deux secondes et observer ce qui se passe. Je l’ai fait, pas longtemps certes, mais ce fut assez intéressant. On y croise de tout : des ronchons, des sourires, des pleurs, des visages figés, des perfusions, des magazines, des costards-cravates, des nationalités aussi colorées que l’arc-en-ciel… 
L’hôpital, c’est voir un fringant jeune homme, tout sourire, se balader dans les escalators, se tromper d’étage et en rire. Un détail, il trimballe sa fidèle amie la perfusion et il est en pyjama/chaussons. Le mélange est détonnant.
L’hôpital, c’est croiser une myriade de blouses blanches, certaines pressant le pas, d’autres discutant nonchalamment entre copines et ponctuant la discussion d’un grand éclat de rire. Les patients croisent les blouses blanches, se retrouvent au même endroit… les deux univers semblent pourtant hermétiquement cloisonnés.
L’hôpital, c’est assister à l’envol des internes qui, copiant sur certains de leurs aînés, parlent sèchement aux patients. C’est aussi les remettre gentiment à leur place, les entendre bougonner et revenir avec un sourire de façade. C’est aussi et surtout une mère s’entendre dire par une jeune interne : « Et vous, vous êtes qui?! », la voir ouvrir des yeux ronds et chercher une aide du regard…
L’hôpital, c’est rencontrer un professeur aux cheveux grisonnants, lunettes sur le bout du nez et avec deux de tension, long silence à l’appui. Se dire qu’on va encore perdre son temps, respirer pour chercher en soi le fond d’amabilité qu’il nous reste et finalement, se retrouver face à une personne à l’humour fin et dont l’œil s’éclaire lorsqu’il voit que vous comprenez son langage.
Secrétaires aigries, secrétaires aimables. Hôtesses de caisses transparentes, hôtesses de caisses bonnes vivantes. Médecin « mandarin », médecin humain. Tout et son contraire se télescopent dans ce bâtiment qui se pose tout en haut de Paris, comme une verrue.
L’impression tenace et tellement spéciale d’être, quelque part, chez soi. Grimper cette longue pente, reprendre son souffle, connaître les spécialités de chaque étage, croiser ou fuir un médecin, avoir une chance sur dix milles de le croiser… 
Voir une jeune fille s’écrouler dans les bras de son copain, pleurer intérieurement, avoir envie d’aller la réconforter et la minute d’après, croiser, encore et toujours, une mère qui enlace son enfant et les voir filer, bras dessus, bras dessous vers la sortie…
Avoir le cœur qui se sert pour on ne sait quelle raison valable devant l’unité des soins intensifs de cardiologie, la réanimation, les maladies infectieuses, la morgue ou bien encore le centre de l’attaque cérébrale. Et là, revivre des choses, encore et toujours.
Avoir les yeux qui papillonnent devant les vitrines des points Relay, vouloir acheter toutes les peluches et les magazines. Voir le sourire des personnes qui repartent avec leurs présents.
Croiser, recroiser. Tout n’est que passage, instantané. Les regards échangés sont aussitôt oubliés.
Un peu comme la vie quotidienne, un peu comme « dehors », l’effet loupe en plus. Tout y est plus fort, plus intense, plus rapide.
Alors comme j’ai pu le faire hier, posez-vous sur un banc un instant et observez ce qui se passe autour de vous. Concrètement, cela ne changera certainement rien dans votre vie, mais vous aurez pris le temps de voir ce qui se passe autour de vous. Et ma foi, c’est assez agréable.
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5 Commentaires

  • Les hôpitaux je connais très (trop) bien, j'y suis allée de façon très régulière de ma naissance jusqu'à l'âge de 18 ans. Ensuite ça s'est raréfié et que pour des trucs relativement bénins.

    Je suis donc née mal en point ça n'a été diagnostiqué qu'à l'âge de 6 mois où mes parents ont eu le temps de me voir ne pas me développer et ensuite ne m'ont vu que dans une chambre d'hôpital pendant pratiquement 1 mois.

    Bref, j'ai été opérée et soignée, j'en garde une cicatrice qui fait le tour de mon omoplate gauche avec une petit cicatrice en forme de croix en dessous qui correspond au drain. Ca fait partie de moi, c'est comme ça.

    Ceci dit ce n'était pas tout, l'ombre d'une opération à coeur ouvert a plané sur ma tête pendant 15 ans (ensuite la médecine évoluant et mon état s'améliorant, une opération par cathéter était possible et comme je suis une énigme pour la médecine (véridique), mon corps s'est auto-soigné et je n'en ai pas eu besoin) mais j'ai donc arpenté l'hôpital Marie Lannelongue du Plessis Robinson en long en large et en travers.

    Je connais bien le côté enfants et je peux te dire tous les souvenirs que j'en ai : je me souviens des infirmières trop gentilles qui me laissaient jouer avec les peluches pendant mes électrocardiogrammes, des playmobiles dans la salle d'attente, de ce petit garçon à côté de moi qui a l'air vachement mal en point avec son truc en plastic qui lui passe dans le nez, du "ne respirez plus" pendant la radio du thorax, de la sensation de froid du gel pendant l'échographique cardiaque, du médecin qui me regarde d'un air bienveillant et l'odeur, l'odeur de l'hôpital…

    Quand on est enfant, l'avantage, c'est qu'on se rend compte de tout ce qui nous entoure mais qu'on essaie de l'oublier aussi vite et qu'on passe à autre chose. Les traumatismes arrivent une fois adulte et on ne comprend pas pourquoi.

    C'est une fois adulte, quand j'ai dû retourner à l'hôpital pour divers trucs (genre mon appendicite) que j'ai pu voir la douleur, la peine, la joie, la vie et la mort. Petite, je ne l'ai que ressenti.

    Tout ça pour dire que l'hôpital n'est pas une partie de plaisir mais que certains n'ont pas la chance de pouvoir en sortir. Je me souviendrai toujours de la phrase du médecin qui m'a vu pour ma dernière visite cardio : "j'espère ne plus jamais vous revoir". Je ne compte pas le décevoir 🙂

  • Et bien miss, j'étais très loin de me douter de tout ça! Je suis heureuse de voir que tu sembles, d'un point de vue extérieur, aller mieux!
    L'hôpital, je connais aussi du plus loin qu'il est possible de se souvenir de quelque chose, et en aucun cas je ne dis que c'est une partie de plaisir, bien au contraire. Si j''avais eu la chance de ne jamais y mettre les pieds, je m'en porterais bien mieux.
    Il y a énormément de malheur, de pleurs, de douleur mais aussi parfois, des sourires et des rires, de l'espoir. Se poser 2 secondes permet de le voir. C'est une impression fugace, mais importante à garder en mémoire…

  • Tu décris à merveille cette ambiance très particulière. Un hôpital, c'est du "concentré d'humain". Un autre lieu que j'adore observer : les gares. Merci pour cette poésie que tu renvoies dans cet article, un peu douloureuse mais nécessaire 😉

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