On fait quoi maintenant ?! Et si le temps de sourire était revenu ?

Anesthésie. C’est vraiment le mot qui me vient instantanément à l’esprit quand je vois l’état du voisinage et de mes TL Facebook et Twitter. Sur Twitter d’ailleurs, c’est peut-être « pire », un concentré de tout ce qui passe en ce moment.
La situation critique est désormais terminée, il nous reste maintenant « l’après ».
On fait quoi maintenant ? On reprend notre routine ? On râle, on vanne, on « tweetclashe » ? On fait le point sur ce qui s’est passé ? Et bien sûr, on n’oublie jamais. On se dit tous qu’on n’oubliera jamais.
Mercredi, attentat chez Charlie Hebdo : silence et consternation dans les rangs. Effroi général.
Jeudi, ça continue. Le jour d’après. Certains commencent déjà à vouloir reprendre le dessus pour ne pas se laisser submerger par tout ça. En ce qui me concerne, je choisis d’aller à un spectacle le soir, parce que j’ai un besoin viscéral de rire, d’évacuer tout ça. Je ne suis pas la seule, la salle est pleine.
Vendredi matin, j’hésite vraiment à publier mon article sur les réseaux sociaux. Il est en ligne, mais je n’ose pas le relayer sur mes différentes pages. J’ai clairement l’impression que ce n’est pas le moment, mais quelque part, je pense que si, justement, c’est le bien moment. On a tous besoin de respirer, de prendre l’air au sens propre comme au figuré.
Et là, je commence à me poser des questions : suis-je « en deuil » ? Tout le monde est-il « en deuil » ? Où se situent la décence et l’indécence de reprendre le cours de son quotidien ? Louisa, avec qui j’ai passé une excellente soirée, malgré une ambiance générale d’une lourdeur absolue, prend les devants et relaie sur son compte Twitter mon billet. Du coup, j’en fais autant, mais seulement sur Facebook, pas « prête » pour Twitter.
Certains twittos tentent une sortie en reprenant les choses en main, mais j’ai très vite la sensation que cela dérange énormément. Quelque chose d’indécent, encore. Le curseur est placé très haut, toute ma timeline est morose et s’enfonce… Certaines blogueuses beauté/lifestyle ont le malheur d’exprimer une opinion ou de rédiger un billet, tout simplement. On les ramène très rapidement dans le « droit chemin » ou plutôt celui érigé comme tel.
Vendredi dans la journée, c’est reparti de plus belle.
Prises d’otages, rumeurs affolantes et fusillades. Plus question de rire, je suis moi-même littéralement scotchée devant les chaînes d’infos. Les mêmes images, en boucle. Les témoins bidons qui ne voient rien, ne savent rien, mais qui sont quand même interrogés par des journalistes perdus comme des lapins pris dans des phares. Je passe sur la radio, trop énervée par une gestion de l’info chaotique, alors même qu’il est demandé de rester « zen » pour ne pas perturber le travail de la police.
Et là, je n’en peux plus, personne n’en peut plus. Il faut que cela cesse, il nous faut de l’air. Vite.
Les comptes parodiques tentent des percées sur Twitter, c’est tellement bon de rire ! Encore ! Merci ! Certains ne le voient pas ainsi, c’est encore le temps du deuil, même après la fin de toute cette horreur. Encore le curseur de l’indécence.
Et moi je ne sais plus. J’ai envie de lire des futilités, j’ai envie de sourire, de rire.
Je n’ai jamais été fan de Charlie Hebdo, même si certaines Unes sont
simplement excellentes, mais ça ne m’empêche pas d’être touchée par ce
qui s’est passé. J’ai besoin d’avancer. Et ce besoin ne fait pas de moi quelqu’un d’insensible, une personne dénuée d’émotions, bien au contraire. J’en ai été malade, physiquement, mais à un moment, il faut que je me blinde un minimum.
Il faut tous que nous respirions à nouveau, l’apnée doit prendre fin. Encore une fois, nous n’oublions pas ce qui s’est passé, c’est impossible, mais laissons celles et ceux qui ont envie d’avancer le faire. Certains veulent aller de l’avant, d’autres ont encore besoin de prendre du temps : chacun a raison, chacun gère comme il l’entend.
Alors on fait quoi maintenant ? Et si le temps de sourire était revenu ? Et si on mettait la musique à fond dans le salon pour danser jusqu’à épuisement ? Et si, simplement, on continuait à vivre ?
Écrit par
More from Florence

A comme Anatole, B comme Barnabé…

Fichtre (une expression que j’utilise pas mal en ce moment), il semblerait...
Lire la suite

2 Commentaires

  • Oui, c'est ce que je me suis dit aussi… j'étais aussi anesthésiée, sans pouvoir écrire un mot, et puis, on revit peu à peu, on est là, on n'oublie pas, on a toutes ces images dans notre coeur, dans notre tête, mais la vie c'est aussi rire, sourire, alors vivons.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *