Lettre à mes médecins…

Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît
Michel Audiard (Les Tontons Flingueurs)

Vous allez me dire que ça commence bien et que les bases sont posées. Vous n’avez pas tort.
Ce matin, ma mère revient de sa prise de sang habituelle et me raconte sa rencontre avec Môsieur le Dr qui allait la piquer. Du grand art, comme toujours. Elle et moi avons une réelle habitude des prises de sang et autres piqûres en tous genres et nous connaissons, sans vouloir nous jeter des fleurs, les endroits où l’aiguille a le plus de chance de toucher sa cible. Mais non, il faut toujours qu’il y en ait un qui ramène sa science. Bingo ce matin : Je n’aime pas quand les patients me disent où piquer.

« Je n’aime pas quand les patients me disent où piquer » et « Je connais mon métier« , même combat.

Cher médecin de mon coeur, je vais t’expliquer pourquoi, dès que je te croise, mes poils se hérissent et mon humeur vire au morose. On se tutoie hein si tu n’y vois pas d’inconvénient, depuis le temps qu’on se connaît.

J’ai 31 ans, pas toutes mes dents et quelques organes en moins. On va dire que mes premiers vrais souvenirs datent de mes 5/6 ans, quand ma mère m’emmenait aux aurores à Necker. Toi et moi, ça fait donc un bail. Oh elle en a connaît des hauts et des bas notre histoire, surtout des bas d’ailleurs, et son lot d’humiliations.

Te souviens-tu quand, endocrinologue de mes deux, tu m’as ordonné de me déshabiller devant les internes et quand tu me palpais les seins naissants tout en disant, évidemment, que j’étais déjà bien obèse pour mon âge ? Te souviens-tu, endocrinologue de mes deux, quand ma mère t’expliquait mes symptômes et que tu la croyais folle, nous virant de ton service ? Tu rigolerais moins maintenant si je venais avec mon dossier pour te montrer à quel point tu as pu être con.

Te souviens-tu, gastro-entérologue renommé, du jour où tu m’as traité de « grasse grosse obèse graisseuse », mais que tu m’as sauvé la vie ? Ce dont tu ne te souviens certainement pas, c’est de la déprime qui a suivi les six mois suivants…

Vous souvenez-vous, infirmières et aides-soignantes qui, de tous temps, connaissez votre métier ? Vous souvenez-vous comment vous avez passé 45 minutes à farfouiller dans mes veines, refusant de m’écouter et de me piquer là, au poignet droit, dans la seule veine qui veuille bien fonctionner ? Vous souvenez-vous qu’au bout des 45 minutes, votre supérieure est arrivée et m’a piqué, du premier coup, là où je lui demandais ? Ah mais j’oubliais, vous « connaissez votre métier« . Et moi je connais mon corps.

Te souviens-tu, mandarin devant l’Eternel, quand tu parlais de moi à la 3ème personne en ma présence devant les internes et moi, branchée, au scope qui grimpait au plafond tellement j’étais énervée ? Te souviens-tu que c’est le simple regard de ma neurologue qui m’a calmé et m’a empêché de t’emplâtrer ?

Te souviens-tu, chère nutritionniste à qui je racontais mes déboires médicaux et dont la mine s’allongeait à chaque emmerde supplémentaire quand, ne sachant plus trop quoi dire, tu me suggéras d’aller voir un psy parce que tous ces problèmes, ce n’est pas concevable ?

Et toi, cher pneumologue qui ne me comprend pas, pourquoi as-tu lâché l’affaire si facilement ? Pourquoi as-tu décrété que mon cas ne t’intéressait pas ? Parce que je t’ai donné du fil à retordre ? Parce que je n’ai pas été un bon soldat ? En attendant, j’ai la capacité pulmonaire d’une noix et les lèvres oscillant entre le bleu et le violet. Mais non, tout va bien.Il y aurait tant d’autres choses à raconter…

Pourquoi, depuis 25 ans environ, chers médecins, vous ne m’écoutez pas, vous ne m’entendez pas, vous ne cherchez pas à comprendre ? Pourquoi, chers médecins, pensez-vous que vous êtes omniscients ? Certes, vous vous êtes tapés de 10 à 15 ans d’études ce qui fait de vous des réceptacles du savoir médical, mais un jour, vous êtes vous mis un instant à la place de l’un de vos patients ?

J’ai développé une sorte de carapace qui fait de moi une patiente difficile, parfois de très mauvaise humeur. Je le sais, je le sens quand vous allez me prendre pour ce que je ne suis pas. Alors je me renferme et il m’arrive maintenant de dire non. Je dis non aux examens superflus, je demande à l’interne d’aller lire mon dossier quand elle se pointe la bouche en coeur en me posant des questions dont les réponses se trouvent dans le foutu dossier, je dis stop quand l’infirmier trifouille depuis trop longtemps ma veine… ça suffit, je ne suis plus une enfant.

Ne pas faire l’enfant… combien de fois ai-je entendu cette sentence ? Je la refuse désormais.
Je peux avoir 5 ans d’âge mental, pleurer, avoir peur. Mais vous ne comprenez pas. Vous n’êtes rien pour moi, seulement des souvenirs douloureux. La prise en charge du patient, vous connaissez ? Non, cela vous dépasse, vous n’avez pas le temps, ni l’envie peut-être.

Nous ne sommes pas des maladies qui passent et s’effacent, nous sommes des enfants qui vous prennent en grippe, puis des adultes hargneux. Nous sommes vos patients, à bout de patience.

Et puis un jour, vous faites un AVC et vous tombez sur le seul médecin en lequel vous avez une confiance absolue. Ma neurologue. Elle peut me demander ce qu’elle veut. Je chouinerai, je rechignerai, mais je le ferai. Elle m’a regardé pleurer, a demandé ce que j’avais et a décrété, de façon lapidaire, que ce n’était pas normal. Elle a alors cherché, cherché puis trouvé. Je sais ce que j’ai maintenant, je ne suis pas folle ou hypocondriaque. Je ne l’ai jamais été.

Elle a réussi à mettre un voile sur des années de souffrance et de mépris. Mon médecin, ma neurologue.
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10 Commentaires

  • Très émouvant ton article. Tu méritais après tous ces déboires de trouver LA bonne personne en qui tu peux avoir confiance. Dommage que tous les médecins ne soient pas comme ça…

  • Aïe, le monde médical…
    Tu en as vu des spécialistes !
    Heureusement, tu as maintenant confiance en quelqu'un de valeur…

    J'ai entendu que je n'avais rien alors que j'ai des douleurs mystérieuses depuis juillet qui me pourrissent. Les joies depuis d'être sur la liste d'attente de quelqu'un qui pourrait (?) m'aider…

    Tout ne s'apprend pas pendant les études.

  • Heureusement qu'il existe quelques médecins à l'écoute des patients et qui cherche à comprendre plutôt que d'appliquer bêtement le manuel du parfait docteur! Hélas il y a beaucoup trop de médecins et personnels soignants qui sous prétexte d'études médicales te prennent pour le dernier des crétins! Qui mieux que toi peut connaître ton corps et chacun réagit différemment? C'est un bel article que tu as écrit. Merci

  • A mon avis si vous continuez dans ce style d'expression vous etes partie pour au moins 25 années supplementaires de relations avec des medecins et soignants qui ne vous entendrons toujours pas et qui ne chercherons toujours pas à vous comprendre.
    J'ai rarement vu autant de rancoeur et d'aigreur au paragraphe carré

    Philippe Galipon

    • Bonjour.
      Je n'ai pas voulu répondre à chaud à ce commentaire qui me laisse relativement perplexe je l'avoue. Je pense que vous n'avez pas compris ce billet, tout simplement.
      Loin de moi la volonté de mettre tous les médecins dans le même panier. Il s'avère que j'ai une histoire personnelle faite de rencontres décevantes, frustrantes et/ou humiliantes, c'est un fait. Quand un médecin ne vous écoute pas, vous méprise et que cela se répète, vous finissez par développer une sorte d'armure qui peut, d'ailleurs, se briser en un souffle. Si vous aviez réellement lu mon billet jusqu'au bout, vous l'auriez constaté par vous-même.
      Le fait même de connaître le nom de ce que j'ai ouvre enfin les portes de la compréhension mutuelle, ce qui n'était pas le cas avant. Je ne vais pas m'excuser d'avoir rencontré des cons, beaucoup de cons. J'ai aussi rencontré une perle, d'autres compréhensifs, etc. etc.
      Qu'en 2013, un médecin réponde à une patiente qu'il n'aime que ses patients lui disent où piquer, ça me dépasse. Tout simplement. Je n'agresse pas les gens, je suis bien élevée et sais me tenir en société. Mais quand on m'énerve, je me braque.
      Bref, je n'ai pas envie de refaire ici mon billet, ça ne servirait à rien. Vous n'avez, visiblement, pas compris mon propos. Tant pis pour vous.

  • je n'ai pas lu d'aigreur mais une grande souffrance, des mots qui touchent qu'on soit passé ou non par de longs soins médicaux/hospitaliers
    je n'ai pas lu d'aigreur mais une juste colère
    j'ai lu les mots d'une battante 🙂

  • La vache … respect. Tu en a vu des vertes et des pas mûres. Respect pour avoir enduré tout cela sans péter un plomb définitif. Respect pour pouvoir l'écrire aujourd'hui avec une plume qui ne tremble pas et qui vise juste.
    Je t'embrasse.

    (et le Philippe Galipon, là, ton commentaire est d'une inutilité sans fond)

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