Le plus beau métier du monde… ou pas, c’est selon

Quel plaisir, quelle joie de retrouver son poste le matin.
Mon métier, c’est comme une boîte de chocolats Léonidas, on ne sait jamais sur quoi on va tomber.
En réalité, on le sait.
Mon métier, essentiellement, c’est de téléphoner. Contacter les journalistes pour leur proposer des angles de sujets, des intervenants, des pistes, des cailloux éparpillés façon Petit Poucet pour, au final, médiatiser les actualités des entreprises pour lesquelles nous travaillons. Un billet sur cette douce profession vous a déjà été proposé, je choisis donc en cette matinée de le compléter.
Donc il faut appeler. Et c’est là que ça se gâte.
Premier scénario : la standardiste.
La standardiste se divise en plusieurs catégories : celle qui décroche et qui vous met automatiquement en attente avant même que vous ayez eu le temps de respirer. En général, cette choupette vous « remercie d’avoir patienté » et d’une voix mélodieuse vous demande à qui vous souhaitez parler. Aimable, efficace, rien à redire.
Nous avons ensuite le specimen robomatique qui décroche, prend votre demande en compte et vous transfère sans même un merci, tchuss, bye-bye. Surprenant, mais on s’habitue assez vite.
Enfin, la standardiste bavarde. La plus marrante des trois. Fort occupée à piapiater avec ses collègues, la bavarde comprend un mot sur trois de ce que vous lui demandez, vous fait donc répéter et se marre avec Chantal-d’à-côté qui a renversé son café.
La standardiste, en général, est efficace et ne vous mord pas, même au bout du 18ème appel que vous passez dans la journée pour avoir LE contact indispensable pour caler votre sujet. Elle fera semblant de ne pas reconnaître votre voix.
Deuxième scénario : la chargée de prévision.
La chargée de prévision est celle qui, dans une rédaction, joue le rôle de tête chercheuse d’idées, d’aspirateur universel d’appels entrants des agences de toutes sortes et dispatche les sujets aux journalistes, entre autres. En général, c’est elle que « nous » harcelons en premier, histoire d’avoir une porte d’entrée fiable auprès des journalistes.
9,99 fois sur 10, cette journaliste est simplement top. Vous pouvez l’appeler, la rappeler et la sur-appeler, elle vous répondra toujours d’un ton égal, même si vous commencez doucement à la faire c****. C’est un métier.
Troisième scénario : l’assistante du rédacteur en chef/chef de service.
En général, l’assistante du rédacteur en chef ne vous laisse même pas terminer votre phrase. On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces. Elle sait. Votre proposition de sujet est la meilleure de l’année? « Envoyez un mail avec vos informations. Machin vous recontactera si intéressé« . Automne, hiver, printemps, été, c’est la même rengaine, le même barrage. Au moins, vous avez quelque chose à mettre dans votre reporting.
Quatrième scénario : le journaliste.
Ouiii, victoire, un humain répond au bout du fil. Et là, soit vous accrochez un sourire parce que votre interlocuteur est aimable, même dans la réponse négative (ou comment se faire envoyer bouler avec atterrissage en douceur), soit vous accrochez ce même sourire pour tenter de radoucir le Grinch que vous avez au bout du fil. Le sourire, mine de rien, ça s’entend.
Le journaliste est un être à part. Il peut faire des phrases complètes sujet-verbe-complément, mais il peut aussi se limiter à des onomatopées fort utiles pour faire passer un message simple, clair et direct : « Pas le temps avec vos conneries« . Et oui, il m’arrive assez souvent d’entendre des « Oui, oui, oui, oui, non, je ne sais pas (ah, une phrase complète), non, humph… Envoyez-moi un mail et je verrai« . Vous êtes dégagée manu militari, la truffe humide et le combiné scotché.
Cette dernière partie est, sans aucun doute, la plus frustrante.
Oui, je sais, mes consoeurs, confrères et moi-même appelons les journalistes trente-six fois dans la semaine. Certes. Mais tout de même, pourquoi certains d’entre eux, tout aussi sollicités, arrivent à garder un semblant de bonne éducation quand les autres se prennent pour… enfin vous voyez.
C’est toujours la même histoire. Un vieux parfum de défiance entre les deux parties qui existe depuis la Nuit des Temps. Les journalistes n’ont pas besoin de nous, mais en fait si. Une boucle sans fin. L’Histoire de la Vie d’une attachée de presse.

J’oubliais juste une chose : mon ami le répondeur.
Alors lui, il est presque toujours sympa. De temps en temps, sa maîtresse ou son maître étant parti(e) en congés ou victime d’un complot visant à bourrer son agenda de conférences de rédaction qui, oups dommage, ne lui permettent pas de décrocher le combiné, il ne prend plus de messages. Ras la boîte vocale.
En général, le message se répartit entre « Le poste 1..2..3..4…ne répond pas, laissez votre message après le signal sonore« , le tout énoncé d’une voix monocorde et « Machin – Parlez après le signal sonore« . Simple, efficace. Il ne faut pas se leurrer, votre correspondant ne vous rappelle jamais.

Enfin voilà.
J’avais envie de vous faire partager de A à Z mon univers qui peut être assez marrant si on sait le prendre du bon côté.

Et vous? Avez-vous des perles à raconter? Des contacts incontournables, pour le meilleur et le moins bon?

Écrit par
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10 Commentaires

  • fuck les relances inutiles… ça marche pas… moi c'est Email et selon le niveau de pression je fais une sélection de journalistes / RC only … j'ai toujours été archi contre la relance à outrance… car de toutes façons, on a le scénario que tu décris 😉 immanquablement 🙂 good luck my dear et oui rions rions car vis ma vie de RP c'est pas tous les jours le pied 🙂

  • Et oui, ça ne tiendrait qu'à moi, je ferai pareil, mais le souci, c'est que les journalistes ne lisent plus les mails, ils en ont trop.
    Il faudrait organiser un colloque AP/Journalistes pour mettre en place des "bonnes pratiques"… Et encore…

  • Ahah ça me rappelle un de mes stages: j'avais appelé une rédaction et étais tombée sur la standardiste. Elle n'a pas entendu quand je me suis présentée, m'a donc fait la morale et m'a raccroché au nez… Et le pire c'est que ma maître de stage m'a demandé de rappeler et de m'excuser ! Mais bien sûr ! J'ai rappelé en faisant comme si de rien n'était ahah

  • Je n'ai exercé le métier d'attachée de presse que quelques mois, mais je me reconnais bien dans le cauchemar (si si, c'en était un) que tu décris ! Plus encore parce que j'ai toujours détesté appeler des inconnus au téléphone (oui, c'était une erreur de casting ! lol) !!!!!!

  • Salut,
    j'ai une anecdote toute trouvée pour toi sur ce sujet.
    Il y a quelques temps, je travaillais pour une chaine de télé. C'était au début de la collaboration : je pars en reportage un matin,et j'ai besoin de joindre le rédacteur en chef. Comme je n'ai pas encore enregistré son numéro direct, je passe par le standard. Et là… la standardiste me répond d'un ton sec qu'il faut que j'envoie un mail avec le détail de ma demande…
    Heu…

  • @Plastie: effectivement! Quand je pense que certaines veulent être attachées de presse, mais attention sans faire de relances téléphoniques… Passe ton chemin jeune fille! 😉
    @Béa: ah elle est bien drôle celle-là! Tu as du la déranger pendant sa pause café…

  • Et bah, quel métier ! Il doit en falloir, de la patience et de la persévérance ! Je suis très admirative, car je crois que je me découragerai très vite de faire un tel travail…en tout cas, c'est très intéressant de découvrir un nouvel univers, merci pour cet article ! A très bientôt

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