Welcome to Bichat resort !

Mercredi 30 juin, 7h30. Je prends mon petit-déjeuner comme tous les matins. Light celui-ci, car je dois assister à un rendez-vous journaliste au Café de la Paix. Ça tombe bien, je n’y suis jamais allée et le petit-déjeuner a bonne réputation. Bien sûr, je râle un peu, il est tôt et j’ai passé une nuit somme toute assez moyenne (merci le chat, la chaleur, etc.).

Hôpital

J’ai soif, je prends mon jus de pomme à ma gauche. Quelque chose cloche. Mon bras droit ne répond pas comme il le devrait. Il s’affaisse. Ok, je me suis encore coincée le nerf de l’épaule, j’avais que ça à faire bien entendu. Mais je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas tranquille. Pas le temps de souffler, ma jambe se met à l’unisson. J’ai compris. Je fonds en larmes de peur.

Quelques minutes de dinguerie passagère traverse mon esprit… « Pas grave, je vais attendre l’arrivée de mon médecin traitant à 10h, ça devrait aller ! ». Et puis je redescends sur Terre. SOS Médecins 30 minutes plus tard (hum hum), verdict : « Et bien, ce serait bien d’aller faire un tour à l’hôpital ! ». C’est là que le roman de ma vie passe à un autre chapitre.

Trip Advisor des hôpitaux bonjour !

Arrivée aux urgences de Bichat. Plusieurs stades d’attente. La queue pour dire bonjour et donner sa carte vitale, et accessoirement dire ce qui ne va pas. Donc attendre. Un peu. Le service est correct. On m’appelle. Je trottine et entre dans le sas de tri. Comme le bon SOS médecin a eu l’amabilité de faire un petit mot, l’infirmière n’a qu’à le lire. Oui mais non, trop fatiguant. Je me répète donc. 7h30, le bras droit qui lâche, blablabla. Ok, appel à la neurologue de service. En attendant, je suis priée d’aller en salle d’examen sur un brancard. Sur ce, le médecin de garde arrive et me fait quelques tests. Verdict : « Urgences thrombose au box vert »…

J’ouvre des yeux ronds, on ne me l’a fait pas à moi, d’autant plus quand on voit ses propres membres ne pas répondre aux ordres du petit cerveau : « Tenez-vous bien ! Droit ! On ne tombe pas ! »… mais ouais, et la marmotte… Ils sont mal éduqués ces membres ! Quand je sortirai, une rééducation s’imposera ! En attendant, la neurologue est arrivée. Rebelote pour les mêmes tests. Rebelote pour l’appel « Urgences thrombose ». En gros : « Mais putain, vous activez ou quoi ?! ». On me colle (douloureusement comme il se doit) une perf’.

J’en ai pour un moment semble-t-il. Je ne vais peut-être pas rentrer chez moi aujourd’hui. Flûte, je n’ai pas de fringues de rechange… On pense à tout dans ces moments-là. 😉

Transfert à l’IRM (Imagerie à Résonance Magnétique). Je prends quand même le temps de papoter avec le brancardier, beau gosse aux yeux verts. Si je pouvais en faire mon petit-déj… Ok, ok, les choses sérieuses reprennent. « Vous avez quelque chose de métallique sur vous ? ». Nan, juste mon appareil dentaire derrière les dents. Et là, LA phrase qui ressort à chaque fois (je suis une habituée des IRM) : « Et ça s’enlève ?!!!! ». Nan ! Comme presque tous les appareils dentaires ! J’adore. De mon point de vue, je garde la capacité de râler en mon fort intérieur, c’est donc que tout va bien. Sur ces entre-faits déboulent l’infirmière en chef qui va réaliser ma thrombolyse et l’autre neurologue qui va me prendre en charge.

Les tests continuent. Ma jambe semble moins s’affaler. Je passe l’IRM. Un vrai bonheur comme on n’en fait plus. J’apprendrai quelques jours plus tard qu’à côté de ce que je vais vivre, c’est du « pipi de chat ». Tests. Mon bras récupère. On est hors délai pour la thrombolyse. Il faut au maximum trois heures entre l’attaque et l’injection. D’ailleurs, l’infirmière en chef m’explique que son surnom est « le Destop des artères ». Ok, je vois ce que ça peut faire. 🙁

Ça se confirme. Je viens de faire un infarctus cérébral. Un caillot a bouché une artère dans la partie gauche de ma tête. Tout le monde s’affole un peu, je n’ai que 28 ans. Je ne réalise pas. Ça viendra plus tard lorsqu’on me parlera d’ « attaque cérébrale ». J’ai fait un AVC (Accident Vasculaire Cérébral), une attaque. Ok. J’imprime en vitesse accélérée et passe à autre chose. En fait non, je ne réalise pas. Toujours pas. Même en l’écrivant. Ça me passe au-dessus. C’est une autre personne qui a eu ce problème. Pas moi. On verra bien.

infirmiere2sf

J’arrive dans le service des soins intensifs de l’attaque cérébrale (encore). Un service spécialement dédié. Je suis de loin la plus jeune. Et commence la valse des pleurs. Je me liquéfie, malgré toute la gentillesse des infirmières. La crème des crèmes. Je les recommande fortement en cas de problèmes au cerveau. Pas encore le droit de me lever. Bah oui, mais j’ai envie de faire pipi moi ! Le bassin ? Cours toujours ma belle ! On va demander si j’ai le droit de me lever. Frères et sœurs priez pour moi… Elle revient ! Hourra ! J’ai gagné ! 😉

Ma mère, qui m’accompagnait, rejoint seulement le service, trois heures plus tard. Elle était restée plantée aux urgences, sans que personne ne vienne la prévenir. – 10 pour l’accueil ! Commence la ronde des examens et surtout de la parlote. « Alors vous avez eu ça et çi et ça dans votre enfance, ce n’est pas normal ! ». Sans rire. Je vois le truc arriver. Cobaye attitude. Ils kiffent, je le vois dans leurs yeux. Youpi.

Les jours suivent et se ressemblent. Piqûres, examens, pleurs, prises de constantes, pleurs, pleurs, pleurs. Heureusement, des éclaircies pointent dans l’orage de ma vie. Vous. Une pluie de messages de soutien. C’est bon, ça fait chaud au cœur. Ça me remettrait presque en selle. Presque, si la perspective d’un examen « de la mort » ne m’effrayait pas à ce point là.

ETO. Echographie Trans Oesophagienne.

Jusque là, rien de bien transcendant. Echographie suivie par l’ingestion d’un tube de fibroscopie pour voir les parties invisibles… en étant éveillée. Une fibro réveillée. Vous m’avez bien regardé ? JAMAIS !!!! Moi qui ne supporte même pas la languette du médecin en faisant AAaaaaa, vous espérez sérieusement que je vais me laisser faire ?! Vous avez mis quoi dans votre café ce matin ? Un conseil, passez au Banania.

La ville entière se relaie pour passer la bonne parole. C’est indispensable, il faut le faire, c’est pour votre santé, et si un caillot était resté coincé ? Le petit ange sur mon épaule gauche le sait bien, il faut en passer par là. Je m’incline en posant, encore une fois, mes conditions. Je ne suis pas la petite fille fragile qui dit Amen aux bons docteurs savants. J’en ai trop vu, trop fait. Je veux être shootée, et pas qu’un peu. Débrouillez-vous comme vous voulez. C’est ça ou je prends le risque. J’ai gagné, mais quelque chose me dit que tout ne va pas se passer comme prévu.

J’ai raison. Lundi matin. Cinq infirmières s’acharnent autour de mes veines pour installer une nouvelle perfusion. 45 minutes de bagarre avec le bras gauche, puis le droit. Je pleure, je grille un fusible. Pas contre les infirmières, elles le savent bien. J’ai un mauvais pressentiment. Ça va mal se passer. L’Atarax censé me calmer avant d’arriver dans la salle d’examen ne passe pas. La perf’ est fermée. J’arrive parfaitement réveillée. On commence par la banale échographie. LE moment arrive.

« Nous allons vous mettre ce gel au fond de la gorge. Vous le gardez et l’avalerez ensuite. Ouvrez la bouche ! ». Ok, compris. A peine le gel atteint-il son but que je le vomis. Ça promet. On recommence, une fois, deux fois. Ma gorge doit être anesthésiée. On enchaîne avec un spray. Même conséquence. On recommence. Je perds patience ou je m’affole, toujours est-il que je vois gros comme une maison que je ne vais pas être suffisamment assommée pour l’examen. L’injection du produit qui doit me mettre dans les vapes approche, mais je dis stop. On arrête, je refuse de souffrir plus. La neurologue qui réalise mon écho cardio (on peut être neurologue et faire ce type d’examen, on en apprend tous les jours) me promet que si ça ne fonctionne pas du premier coup, on stoppe tout. Ne pas faire l’enfant. J’accepte.

Entre deux eaux, je ne supporte pas la fibro, me relève, vomis tant et plus. Je suis maintenue de force par quatre paires de mains, peut-être cinq, je ne sais pas. Je ne peux pas parler, je vomis encore et toujours. Par pitié, arrêtez tout. Par pitié, stoppez tout ça. Je n’en peux plus. Retour dans la chambre. C’est fini. Quelque chose colle. Mon Dieu, ils m’ont renvoyé au bercail couverte de vomi sur la taie d’oreiller, le traversin, la chemise de nuit, le drap… Plus jamais ça.

Cet épisode passé, il me reste encore quelques examens plus anodins à passer. IRM (again), scanner, sans compter les prises de sang. Il semblerait que ce soit compris dans le forfait pension complète 8 jours/7 nuits. Classe. Peu importe, le plus dur est passé. Faites-vous plaisir. Et puis les infirmiers et mières essaient de me changer les idées. Il n’y a pas à dire, le personnel est à la hauteur. Entre l’hétéro black qui transpire la gay attitude, celui qui vanne sa chef, ladite chef qui zappe le prénom de la petite stagiaire, elle-même étant fort sympathique, je suis servie. Tout le monde est au petit soin, de jour comme de nuit, au sens propre, car comme dans tout bon hôpital qui se respecte, la prise de constantes s’effectue toutes les 5 heures environ…

Le bout du tunnel, enfin. La sortie approche. Je dois encore passer l’IRM qui n’arrive pas. Problème de communication entre les services. Une journée supplémentaire passe, plus une deuxième. Je suis attendue pour 7 heures du matin, on me réveille à 7h40. Encore une journée loupée, ce sera bon pour le lendemain. Que nenni, le brancardier attend devant ma chambre. Hop hop hop, au boulot ! – 5 pour l’organisation.

Il est l’heure de rentrer chez moi. On me prévient que le retour at home risque d’être brutal, que tout le monde ou presque passe par la case déprime. Je suis prévenue. Effectivement, je me sens mal en rentrant. Tout ce bruit, cette chaleur. Mes repères, où sont mes repères à la maison ? J’ai mal, mal à la tête, mal à la jambe. Ce sont les séquelles, mais je me fais des films en 3D, les lunettes en moins. Je vais dormir, encore et encore, prendre l’air ensuite. Mais avant, prendre soin de moi, vite. Gommage, soin, masque, je suis marquée, je dois tout effacer. C’est bon d’être à la maison. Je revis. Je suis là et j’en profite.

Prochaines étapes : manucure, massage et cinéma. Shrek and Co m’attendent, je dois y aller ! Vive les vacances !!!!

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